Variabilité du bas fond sinusien et implantologie : Implantation immédiate ou différée pour le remplacement des molaires maxillaires

Le remplacement des molaires maxillaires met le praticien devant le choix de l'implantation immédiate ou différée. La fréquence des situations favorables à l’une ou l’autre de ces deux approches reste méconnue et n’a été mesurée par aucune étude. Nous proposons donc une étude exclusive et novatrice sur la variabilité du bas fond sinusien et de ses conséquences en implantologie.




Lire l'article en pdf


Variabilité du bas fond sinusien et implantologie : Implantation immédiate ou différée pour le remplacement des molaires maxillaires

par Dr. Jean-Louis Zadikian(1),  Dr. Jelana Stojanovic, Charles Zadikian, Richard Perez, Zadikian Clémence

(1) Dr JL Zadikian

- Chirurgie pré-implantaire, implantaire & parodontologie

- Président fondateur de l’Afopi

- Responsable de l’enseignement à Afopi Campus

- Responsable des études cliniques à Afopi Campus

 

A lire également du même auteur

Implantation immédiate : nouvelles possibilités thérapeuthiques

 

  1. Introduction

Le remplacement implantaire des molaires maxillaires devrait placer le praticien devant deux options thérapeutiques. En effet, avant d’envisager l’avulsion de ces dents et leur remplacement implantaire différé1,2, la possibilité d’implanter immédiatement nécessiterait d’être évaluée1–5

La fréquence des situations favorables à l’une ou l’autre de ces deux approches reste méconnue et n’a été mesurée par aucune étude. Souvent, l’extraction réalisée seule, suivie des phénomènes habituels de résorption de l’os alvéolaire6–11 et de pneumatisation8,10 du sinus maxillaire, conduit, sans savoir à quelle fréquence, à une implantation différée qui impose un sinus lift. De même, l’implant immédiat, comparé à l’implant différé serait souvent, sans savoir à quelle fréquence, une alternative qui raccourcirait considérablement le temps de traitement et rendrait plus simple et moins invasive la procédure chirurgicale. Cette réflexion a déclenché l’étude rétrospective rapportée par cet article. Nous nous sommes donc intéressés à la question de ces « fréquences », étroitement liée aux hauteurs osseuses disponibles résultant de la position du bas fond sinusien. Pour cela nous avons procédé aux mesures de hauteurs et de largeurs osseuses maxillaires au niveau des 16 – 17 – 26 – 27 à partir de l’analyse de scanners dentaires (CBCT) de 131 patients qui ont permis de réaliser 1752 mesures sur 438 premières et deuxièmes molaires maxillaires.

De nombreux auteurs12,13 ont déjà montré que les sinus maxillaires peuvent présenter des volumes variables et que cette particularité anatomique confère aux régions maxillaires correspondantes des volumes osseux dissemblables pouvant être réduit à celui de la muqueuse sinusale, lorsque le sinus se moule sur les apex des molaires maxillaires. Wood (2005)14, notamment, en étudiant les rapports anatomiques du plancher du sinus avec les fosses nasales, établissait que le bas fond du sinus se trouvait dans 20% des cas au-dessus du niveau des fosses nasales, dans 15% des cas au même niveau et dans 65% des cas en dessous, sans préciser les hauteurs osseuses sous le plancher du sinus.

Cette étude a pour objectif d’établir la distribution des hauteurs osseuses disponibles au niveau des premières et deuxièmes molaires maxillaires dans la population adulte étudiée. Elle permet de proposer un nouvel éclairage sur la conduite à tenir face au choix entre implant différé ou immédiat. Une hiérarchisation des possibilités de traitement sera obtenue à partir des résultats.

 

  1. Matériel et méthode

    1. Critères d’inclusion et d’exclusion

L’échantillon est composé de patients majeurs, issus de la pratique privée du Dr. Jean-Louis ZADIKIAN. Les scanners dentaires maxillaires ont été réalisés à l’occasion de consultations dont les motifs pouvaient être variés. La sélection a été réalisée uniquement en fonction de l’état des molaires maxillaires par hémi-arcade : 16, 17 dans le secteur 1 et 26, 27 dans le secteur 2.

Ont été exclus de l’étude, les secteurs sur lesquels au moins une des deux molaires étaient absentes. Lorsque les deux molaires d’un secteur étaient présentes, si au moins l’une d’elle montrait radiologiquement une pathologie parodontale ou endodontique, alors elle excluait le secteur correspondant. Ont également été considérées comme pathologiques, les conséquences osseuses des maladies parodontales et endodontiques objectivées par l’alvéolyse.

Ainsi, pour être inclus dans l’étude, les patients devaient présenter au moins un secteur avec deux molaires qui pouvaient avoir subi un traitement endodontique, ou des restaurations directes ou indirectes.

La base de données des scanners ainsi collectés représente 131 scanners, réalisés entre le 14/11/2008 et le 21/10/2014.

Ainsi les molaires de l’étude se répartissent selon le tableau de la Figure 1.

 

Position de la dent

Nombre de molaires dans l’étude

16

110

17

110

26

109

27

109

Figure 1 - Tableau de répartition du nombre de molaires par position

 

    1. Etude rétrospective basée sur l’analyse de scanners dentaires

Cette étude rétrospective a été conduite sur l’analyse des scanners dentaires de ces 131 patients. La cohorte se compose de 62 hommes et 69 femmes (ratio homme/femme de 47%) âgés de 18 ans à 85 ans, dont l’âge moyen est de 46 ans, et l’écart-type de 13,3 ans. (Figure 2)


Figure 2 - Répartition de l’échantillon par classes d’âges

 

    1. Confidentialité et consentement

Le recueil des données a été fait de manière anonyme, l’identité des patients n’apparaissait à aucun moment dans les fichiers, les patients étaient représentés par un identifiant numérique.

Tous les patients retenus dans l’étude avaient signé un consentement éclairé les informant de la possible utilisation de leurs données.

Le fichier de recueil des données a été enregistré auprès de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés, Paris, France) sous le numéro EU51146382u afin d’assurer la confidentialité des données compilées et de l’analyse.

 

    1. Matériel utilisé

Les scanners utilisés dans l’étude sont issus d’un scanner dentaire Cone-Beam Planmeca Promax (Planmeca Oy, Helsinki, Finlande) installé dans le cabinet du Dr. Jean-Louis ZADIKIAN. Ce scanner disposait d’un champ de 8 cm x 8 cm x 8 cm, d’une résolution de 250 x 250 x 250 voxels et d’une taille de voxel de 320 m.

Les scanners ont été réalisés par le personnel du cabinet du Dr. Jean-Louis ZADIKIAN formé à l’utilisation de ce matériel radiologique.

 

    1. Méthodologie de mesure

L’analyse des images et les mesures ont été réalisées sur le logiciel de visualisation et de planification implantaire Romexis version 2.5.1R de la société Planmeca (Planmeca Oy, Helsinki, Finlande)

Le recueil des données a été réalisé indépendamment par deux opérateurs, Jelena Stojanovic et Charles Zadikian. La concordance inter-examinateur était de 100%.

Le recueil initial des données a été réalisé sur le logiciel Microsoft Excel version 15.19.1.

Les scanners des patients ayant été retenus dans l’étude ont ensuite été classés par leur identifiant numérique unique (plus l’identifiant est élevé plus l’examen du patient est récent). Les opérateurs de mesure ont ensuite procédé aux mesures en commençant par l’identifiant le plus élevé (choix arbitraire).

 

Le protocole de mesure était le suivant pour chaque molaire étudiée :