Optimiser la chaine de stérilisation selon les nouvelles normes européennes

Comment optimiser la chaine de stérilisation selon les nouvelles normes européennes?. Des clés pour relever le défi.

 

Optimiser sa chaine de stérilisation selon les recommandations actuelles : des clefs pour relever le défi 

Parution LS 79, Septembre 2018

Auteurs : OFFNER Damien1, 2, 3, WURTZ Aurélie1,2, FORESTI Christophe1,2, Anne-Marie MUSSET1, 2, 3
 

1 Faculté de Chirurgie Dentaire de Strasbourg,
Université de Strasbourg
8, rue Sainte Elisabeth, 67000 Strasbourg – France
 
2 Hôpitaux Universitaire de Strasbourg (HUS)
Pôle de Médecine et Chirurgie bucco-dentaire
1 place de l’Hôpital, 67000 Strasbourg – France
 
3 Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), UMR 1260
Faculté de Médecine, FMTS, 67085 Strasbourg Cedex, France
 

 

Consulter l'article en pdf


 


 

INTRODUCTION

Le traitement des dispositifs médicaux réutilisables en cabinet dentaire est parfaitement défini et règlementé par les directives du ministère de la santé. Un guide des bonnes pratiques a été établi à cet effet afin d’orienter et d’aider le praticien dans sa démarche de qualité et sécurité des soins (1). Cependant, l’application formelle des recommandations et la gestion des étapes intermédiaires ne s’avèrent pas toujours aussi évidentes qu’elles n’y paraissent dans le quotidien d’un cabinet dentaire. En effet, le chirurgien-dentiste se retrouve confronté à un certain nombre de problématiques liées au flux et au volume d’instruments à traiter selon le nombre de praticiens au sein du cabinet, mais aussi à la disponibilité des assistantes et à l’organisation et l’aménagement intérieur.

Des interrogations d’ordre ergonomique et quant à la sécurité des pratiques persistent souvent pour l’équipe en charge de cette chaine (2). Il paraît donc judicieux de s’interroger sur les lignes de conduite et les outils à développer afin de respecter au mieux les recommandations actuelles tout en permettant une reproductibilité aisée de cette chaine d’asepsie, en suivant les étapes obligatoires de pré-désinfection, nettoyage, rinçage, séchage, conditionnement et stérilisation, traçabilité et stockage.

 

I. PRE-DESINFEECTION

a. Choisir son bac de pré-désinfection

Le bac de pré-désinfection idéalement approprié serait :

- Double :

  • Un grand bac pour les cassettes. En effet, le travail en cassettes d’instruments est à privilégier (voir IV,a),

  • Un bac de petite taille pour les petits instruments de type fraises, instruments d’endodontie,

- Placé sur un chariot à roulettes permettant le transport de la salle de soin jusqu’à la stérilisation. Ce chariot, placé à proximité immédiate du soin, devrait être :

  • Encastrable dans le mobilier ou du moins être peu encombrant afin de laisser le passage au personnel et au patient,

  • Facile à désinfecter c’est-à-dire le plus lisse possible, sans anfractuosités, sans poignée de guidage,

  • De la même hauteur que celle du plan de travail pour glisser le bac sur la paillasse avant de faire sa vidange sans avoir à le soulever,

- Muni d’un processus de vidange, évitant à l’assistante de soulever une charge lourde mais aussi les projections,

- Fond en pointe de diamant ou fond en plan incliné pour une vidange totale du liquide résiduel,

- Muni d’un système de dosage facilité du produit détergent-désinfectant afin d’éviter toute erreur de dosage causée par une manipulation manuelle,

- Muni d’un panier à maille type égouttoir pouvant être maintenu au-dessus du liquide permettant un égouttage,

- De taille modulable en fonction de la taille de caissette souhaitée.

- Désinfecté/nettoyé entre chaque bain, et de préférence compatible au passage en laveur-désinfecteur. (3)

 

 

Figure 1 : exemple d’un bac de pré-désinfection de marque WH se rapprochant des critères de sélection

 

 

b. Choisir sa solution de pré-désinfection

Le choix de la solution de pré-désinfection est primordial car elle doit remplir un certain nombre de critères afin de garantir les objectifs de cette étape, mais aussi faciliter les manipulations :

- Composition et spectre d’action sur les microorganismes en accord avec les normes en vigueur (marquage CE, exempt d’aldhehydes, normes de bactéricidie (NF EN 13727/NF EN 14561) et fongicidie (NF EN 13624/NF EN 14562)),

- Temps d’action le plus rapide possible permettant un turn-over plus régulier,

- Adaptée à de multiples emplois (conforme aussi bien pour le bac à ultrason que pour le bac de pré-désinfection),

- Produit concentré avec dilution aisée et facile permettant un format de stockage minimal,

- Dosage correct garanti au moyen d’une pompe automatique ou de sachets prédosés,

- Acceptable financièrement. (4)

 

 

c. Renouveler le bain

Patients après patients, les instruments sont placés dans le bac de pré-désinfection. Les normes et lois en vigueur actuellement ne donnent pas de protocole précis quant au renouvellement du bain.

La fréquence de renouvellement des solutions est différente selon les produits utilisés. Leur renouvellement est généralement quotidien et/ou à chaque fois que le bain est sale. Cette saleté est visible à l’aspect trouble du bain. Elle dépend de la quantité d’instruments immergés et de leur charge protéinique. Les bains sales sont des bains qui ont perdu leur efficacité. Il n’existe pas toutefois de critères objectifs et mesurables pour juger de la saleté du bain et aucune indication n’est mentionnée dans les textes quant au nombre limite d’instruments souillés que l’on peut immerger concomitamment avant renouvellement de bain.

Aussi, ce manque de critère de jugement peut amener le chirurgien-dentiste à faire des erreurs malgré lui lors de l’étape de pré-désinfection. Un bain non renouvelé à temps, ou trop souillé suite à des immersions successives d’instruments peut induire une perte d’efficacité du bain de pré-désinfection. Le chirurgien-dentiste se retrouve alors être le seul responsable de l’échec de la pré-désinfection et met en péril la suite de la chaîne de stérilisation.

 

A l’heure actuelle, l’étape de pré-désinfection est donc impossible à valider en cabinet selon des critères objectifs définis dans des textes réglementaires. Il est donc nécessaire de respecter rigoureusement les consignes données dans la notice par le fabricant qui ont été validées par les tests de conformité aux normes d’application affichées. (5)


 

II. NETTOYAGE

a. Choisir sa méthode de nettoyage

Le nettoyage manuel est un processus très difficile à contrôler. De nombreux facteurs peuvent affecter l'efficacité du nettoyage et sont retrouvés dans le cercle de Sinner (6). Il s’agit notamment de la température de l'eau, de l'agent de nettoyage choisi, de la concentration de cet agent ainsi que de l’attention portée par l’opérateur. Le nettoyage manuel des instruments engendre des problèmes de gestion des processus et de contrôle de qualité.

Le nettoyage des instruments s’effectue donc de préférence par un procédé automatisé dans un objectif de standardisation et d’efficience. Les conditions (produits, temps, température) de lavage doivent être adaptées de la façon la plus optimale possible au type de salissures présentes sur les instruments. (5)(7)